Viaduc, aqueduc à Montigny mais aussi crapauduc !

Savez-vous pourquoi et comment ?  

Plusieurs espèces d’amphibiens dont une majorité de Crapauds communs, Bufo bufo, passent l’hiver à l’abri dans la forêt. Au printemps, ils se rendent par milliers jusqu’aux milieux aquatiques pour se reproduire. Après éclosion, les têtards vivent quelques semaines dans l’eau, puis se métamorphosent, deviennent terrestres et retournent vers la forêt.

Chez nous, la route RD104 traverse cette zone de migration entre la forêt domaniale de Fontainebleau et les zones humides de la plaine de Sorques.

Non sans humour, Monsieur Pierre Olivier Fanica consacrait dans son livre le « Bestiaire bellifontain », publié en 2002, une page au crapauduc de Montigny-Sur-Loing.

« Dire que nous avons tracé nos routes, nos haies, nos clôtures, construit nos maisons et nos villages, creuser nos gravières sans demander quoi que ce soit à la nature… Et les crapauds ? Ces batraciens scrofuleux, baveux, gluants ? Bien sûr, ils ne sont pas beaux. Mais est-ce une raison pour les tuer inutilement par milliers ? 

« Lors des premières nuits douces et humides qui marquent le début du printemps, aveuglés par les phares des automobiles, ils s’immobilisent au milieu de la chaussée. Ils n’ont ni la vitesse suffisante, ni l’élan pour traverser la route d’un bond. Ils font face, armée impuissante et stoïque, aux ravages inutiles causés par les bolides de métal hurlant qui foncent indifférent… Heureusement, quelques-uns réchappent au massacre et arrivent aux étangs et assurent ainsi la pérennité de l’espèce. ». « Mais, les hommes ont rendu aux animaux un peu de leurs droits, de ceux qu’ils leur avaient volé… Grâce à quelques planches, la tuerie a maintenant cessé ! ».

En1996, le premier crapauduc a été mis en place avec succès sur 400m.  

Cependant au fil des années, l’observation des naturalistes démontrait que la migration se faisait de plus en plus vers l’Est, soit vers Moret depuis Montigny.

Vers 2000, des dispositifs temporaires, constitués de bâches et de pièges, ont été mis en place pour sauver les animaux.

Mais la gestion de ces installations supposait que chaque jour de la migration, des bénévoles viennent ramasser et relâcher de l’autre côté de la route, les amphibiens vers les étangs, migration prénuptiale ou vers la forêt, migration postnuptiale. Cette manipulation des animaux était lourde en énergie et posait, même si elle était faite avec précaution, le risque de contamination des amphibiens par des agents pathogènes existants.

Philippe Lustrat, figure bien connue des naturalistes et des passionnés de la Forêt de Fontainebleau, expert faunistique professionnel, a contribué à l’installation des passages sous route. La migration 2026 n’allant pas tarder à démarrer, il vient de republier sur sa page Facebook , un petit film réalisé en 2008 intitulé « le Réveil du crapaud ». On y voit le travail de sauvetage des naturalistes avec les bâches et l’efficacité de l’effet protecteur des barrières en bois.

Pour la page Facebook, cliquez ici.

Pour un format plus large du film,

En 2020, le Département de Seine-et-Marne propose la prolongation du dispositif en dur afin de laisser circuler librement les amphibiens entre la forêt et les zones humides.

En octobre, démarre un important chantier participatif. La RD 104 est fermée plusieurs fois. Une première phase, la plus lourde a eu pour but de poser des canalisations sous la route pour que les batraciens puissent migrer. Puis 300 bénévoles ont posé un muret en bois sur les bas-côtés de la route afin de conduire les batraciens vers ces canalisations.

Défi relevé : « Pose de 900 mètres de petite palissade en bois bien alignés en quelques heures, pour un total de 450 poteaux, 1 350 bastaings et 8 500 vis ! »

L’ANVL, l’association des naturalistes de la vallée du Loing et du massif de Fontainebleau, qui s’est associée au Département sur ce chantier, en a publié des photos. Cliquez sur l’image.

Les amphibiens, crapauds communs, grenouilles, tritons circulent donc sans danger et en toute autonomie depuis la forêt domaniale de Fontainebleau vers les zones humides de la plaine de Sorques.

Pierre Olivier Fanica, décédé en septembre 2025, s’est passionné pour l’histoire locale et l’histoire de l’art du pays de Fontainebleau. Il nous a laissé des ouvrages très intéressants dont ceux ci-dessous.